Thursday, 20 August 2009

Te souviens tu?


Te souviens-tu murmure-t-elle

Ravie des mots dits à mi-voix

Te souviens-tu du nom

De ces raisins si grêles

Qu’on les croyait rubis 

Roulant contre nos dents

Et dont les teintes si

Les fruits de saison chaude

Tardaient jusqu’à l’hiver

Prêteraient aux cépages

L’aria des grenadiers?


Rappelle-toi

Se chante-t-elle encore

Ces corolles jaunes

Et leur alliage d’or 

Qui chamarrait les branches

En une nuit d’hiver

Et dont le suc aurait

Aux arpèges d’abeilles

Indiqué les massifs exténués de l’automne

Comme autant de ruchers

Au fond d’un champs de neige


Je me souviens

Je me souviens de pleins feuillages

Bruissant dans l'air ocre du soir

Le ciel menait en équipage

De chaudes teintes de parloir

Et puis des rues il me souvient

L'incendie de mes pas au passage des murs

Tout mes sens en émoi l'iris en démesure

La fraîcheur des jardins

Où tout cuivré qu'il fut

D'implacable chaleur

Le midi se coulait à l'ombre d'un mûrier

Les estrades de bois

Au-dessus d'un ruisseau

Et les tapis jetés et les hauts verres à thé

Et le vent dans les arbres

Et les mots envolés

Vastes étaient les marbres des palais sur la dalle

Le silence des plaines aux cosmiques pavots

Les jets de peupliers les rondes de bouleaux

Volubiles futaies saturées de corbeauط

Volubiles futaies dans leur bogue de toile

Pour peindre ces nids d'aigles perchés au fait du monde

Un peintre en moi prend la relève

Affiche une lentille d'orfèvre

Affadit en forêts baroques

En terres ventrues sous le soc

Ces chaînes de haute lignée.




Sylvie Mochiri Miller